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Numéro
Histoire Epistémologie Langage
Volume 40, Numéro 2, 2018
La tradition linguistique arabe et l’apport des grammairiens arabo-andalous
Page(s) 87 - 100
DOI https://doi.org/10.1051/hel/2018017
Publié en ligne 22 janvier 2019

© SHESL/EDP Sciences

Al-Fuṣūl al-ḫamsūn li-Ibn Muʿṭī Zayn al-dīn ʾAbī al-Ḥusayn Yaḥyā b. ʿAbd al-Muʿṭī al-Maġribī (564-628), taḥqīq wa-dirāsa Maḥmūd Muḥammad al-Ṭanāḥī, ʿĪsā al-Bābī al-Ḥalabī wa-šurakāʾ [Le Caire], 1977 (date de dépôt).

Ibn Muʿṭī n’est certainement pas un grammairien très connu, sans être tout à fait inconnu. Il a droit à une brève notice dans la 2e édition de l’Encyclopédie de l’Islam (désormais EI2), due à Gérard Troupeau (1927-2010). Celui-ci y rassemble quelques éléments bio-bibliographiques, renvoyant, pour la bibliographie, à Geschichte der arabischen Litteratur (I, p. 366-367 et S I, p. 530-531) de Carl Brockelmann (1868-1956). Ceux-ci peuvent être utilement complétés aujourd’hui par les renseignements fournis par l’éditeur de l’ouvrage objet du présent article, qui a compilé un grand nombre de sources, au chapitre I (p. 11-15) de l’étude (p. 5-146), précédant l’édition critique du texte (p. 147-277). Le tout peut être ainsi résumé : Ibn Muʿṭī est le nom sous lequel est connu Yaḥyā b. ʿAbd al-Muʿṭī b. ʿAbd al-Nūr al-Zawāwī al-Maġribī al-Ḥanafī, à quoi s’ajoutent encore le surnom (laqab) de Zayn al-dīn et le teknonyme (kunya) de ʾAbū al-Ḥusayn. Il est originaire du Maghreb, où il est né en 564/1168-1169, sans qu’on sache le lieu exact de sa naissance, mais son ethnonyme d’al-Zawāwī le désigne comme un Berbère du groupe des Zawāwa établi dans la région de Bougie. Il a étudié la grammaire avec al-Ǧazūlī (m. début VIIe/XIIIe siècle)1, soit à Bougie, soit à Alger, les deux villes où al-Ǧazūlī a séjourné à son retour d’Orient et avant son passage en Andalousie. Il s’établit ensuite en Orient, d’abord à Damas, puis au Caire, où il est mort en 628/1231. Il est, semble-t-il, l’auteur de la première ʾAlfiyya, ou poème didactique en 1000 vers sur la grammaire, mais éclipsée par celle d’Ibn Mālik (m. 672/1274). Celle d’Ibn Muʿṭī, intitulée al-Durra al-ʾalfiyya fī ʿilm al-ʿarabiyya, a été publiée à Leipzig en 1900 par l’orientaliste suédois Karl Vilhelm Zetterstéen (1866-1953) (Ibn Muʿṭī, 1900). Ce dernier en avait déjà donné en 1895 un « extrait » (nubḏa), avec une traduction et un commentaire en suédois, comme thèse soutenue à Uppsala (Zetterstéen, 1895). Parmi les ouvrages d’Ibn Muʿṭī, figure sûrement un commentaire du Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī (m. 337/949 ou 339-340/950-952) – et c’est à ce titre qu’il est cité par Binaghi (2015, p. 307) –, mais qui ne semble pas avoir été conservé. Il est également l’auteur d’un ouvrage en prose intitulé al-Fuṣūl al-ḫamsūn. Deux chapitres en avaient été publiés par Erik Sjögren, également à Leipzig en 1899 (Ibn Muʿṭī, 1899). Ibn Muʿṭī fait ainsi partie, comme son maître al-Ǧazūlī avant lui ou Ibn Mālik après lui, de ces grammairiens « occidentaux » (andalous et maghrébins), qui ont fait le voyage d’Orient, avec ou sans retour : si al-Ǧazūlī en est revenu, rapportant sans doute avec lui quelque chose de la matière d’Orient, Ibn Muʿṭī et Ibn Mālik y sont restés, apportant sans doute avec eux quelque chose de la matière d’Occident ; sans doute, car la question reste ouverte, naguère posée par Carter (2011), d’une éventuelle différenciation entre grammaire arabe d’Orient et d’Occident musulmans et à laquelle on tentera d’apporter quelques éléments de réponse. Dans la mesure où nous disposons aujourd’hui d’une édition complète d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn, il nous a semblé que la note savante sur cet ouvrage, que nous projetions depuis longtemps (très exactement depuis le temps où nous en avions fait l’acquisition lors de notre séjour à Damas en 1989-1990) pouvait trouver sa place dans le présent numéro d’HEL. D’autant qu’il s’agit d’un travail soigné : à l’origine mémoire de master soutenu au Dār al-ʿulūm du Caire en 1972, il utilise deux manuscrits, l’un conservé à al-ʾAzhar et achevé en 713/1313-1314, pris comme base, l’autre conservé à la Ẓāhiriyya de Damas, non daté, mais que l’éditeur pense paléographiquement datable du VIIe/XIIIe siècle. Ce dernier a également consulté deux des cinq commentaires qu’il a recensés d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn : le Maḥṣūl d’Ibn ʾIyyāz (m. 681/1282-1283), depuis publié, et celui d’al-Ḫuwayyī (m. 693/1293-1294)2.

L’ouvrage tire son nom de ce qu’il est divisé en cinquante (ḫamsūn) sections (fuṣūl, pl. de faṣl), mais on observe tout de suite que ces cinquante sections sont en fait ventilées en cinq chapitres (bāb), à raison de dix par chapitre. Cette division de l’ouvrage en chapitres subdivisés en sections fait aussitôt penser au Mufaṣṣal du grammairien « oriental » al-Zamaḫšarī (m. 538/1144), où l’exposé grammatical se fait « section par section », mais rassemblées en quatre parties (qism). Mais on observe ensuite que ces cinq chapitres sont très différents des quatre parties du Mufaṣṣal. Dans celui-ci l’exposé grammatical est organisé au premier chef sur les parties du discours : les trois premières parties traitent respectivement des noms, des verbes et des particules et la quatrième de ce qui est « commun » (muštarak) aux trois parties du discours (ou au moins à deux d’entre elles). Pour autant, il ne faudrait pas croire que le Mufaṣṣal d’al-Zamaḫšarī conjoint ce qu’Ibn al-Ḥāǧib (m. 646/1249), autre grammairien « oriental », disjoint dans ses deux opuscules et que les trois premières parties traitent exclusivement du naḥw, matière de la Kāfiya, c’est-à-dire de la syntaxe, et la quatrième du ṣarf, matière de la Šāfiya, c’est-à-dire de la morphologie et de la phonologie. En fait la quatrième partie du Mufaṣṣal traite essentiellement de phonologie, la morphologie étant répartie entre première et deuxième parties, selon qu’elle est nominale ou verbale : nous aurons l’occasion de revenir là-dessus. Le Mufaṣṣal est organisé au second chef sur la flexion désinentielle, la première partie traitant d’abord des noms fléchis, selon qu’ils sont au nominatif, à l’accusatif et au génitif, puis des noms inflexibles etc. On ne peut pas dire que l’exposé grammatical dans al-Fuṣūl al-ḫamsūn se fasse selon ces deux principes. Comment donc est-il organisé ? Le ou les principes gouvernant son organisation ne sautent pas aux yeux.

Il se trouve cependant que le second chapitre est, comme la seconde partie du Mufaṣṣal, dévolu au verbe. On a donc un élément de comparaison. Avant de les comparer, il convient cependant de dire un mot du premier chapitre, intitulé « introduction sur les principes de cet art » (muqaddimat hāḏā al-fann min al-ʾuṣūl). La première section « distingue » (bayān) kalām, kalima et qawl : kalām est le discours ou énoncé, kalima la partie du discours ou le constituant de l’énoncé3, qawl (litt. « dire ») un terme générique ; la seconde traite de « ce dont le discours se compose » (mā yaʾtalif min-hu al-kalām), c’est-à-dire des parties du discours, nom, verbe et particule. Les sections 3, 4 et 5 traitent des définitions (ḥadd) et des marques (ʿalāmāt) respectives du nom, du verbe et de la particule. La section 6 traite de la flexibilité (ʾiʿrāb) et de l’inflexibilité (bināʾ, litt. « construction ») désinentielles. La section 7 traite de la flexibilité désinentielle du nom, c’est-à-dire de sa déclinabilité (tamakkun), selon qu’il est au singulier, duel ou pluriel d’une part, « sain » (ṣaḥīḥ) ou « malsain » (muʿtall) d’autre part. La section 8 traite de la flexibilité désinentielle du verbe inaccompli (muḍāriʿ). La section 9 traite des « causes rendant nécessaire l’inflexibilité des noms » (al-ʿilal al-mūǧiba bināʾ al-ism), ces noms nécessairement inflexibles étant les pronoms (personnels), les démonstratifs, les relatifs, les noms d’interrogation et de condition, les ʾasmāʾ al-ʾafʿāl (litt. « noms des verbes »), c’est-à-dire les interjections. La section 10, enfin, traite de « ce sur quoi est figé [litt. construit] le constituant » (fī-mā tubnā ʿalay-hi al-kalima), qui peut être soit l’absence de voyelle (sukūn), soit une voyelle brève (ḥaraka). Ce chapitre montre que les principes d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn sont exactement les mêmes que ceux du Mufaṣṣal, mais la collation des deux ouvrages qu’ils sont hiérarchisés différemment. Al-Zamaḫšarī privilégie les parties du discours et par suite traite de la flexibilité et de l’inflexibilité désinentielles une première fois dans la partie consacrée aux noms et une seconde fois dans la partie consacrée aux verbes. À l’inverse, Ibn Muʿtī privilégie le principe de la flexibilité/inflexibilité désinentielles, qui transcende la division en parties du discours et dont il traite en détail dès le chapitre introductif. Grosso modo, les traités de l’époque postclassique s’organisent essentiellement selon ces deux principes, se différenciant par la priorité qu’ils donnent à l’un sur l’autre4 : un bon exemple d’ouvrage où la flexibilité/inflexibilité l’emporte sur les parties du discours est le Šuḏūr al-ḏahab d’Ibn Hišām al-ʾAnṣārī (m. 761/1360) et son auto-commentaire (Šarḥ Šuḏūr al-ḏahab), qui traitent successivement des marfūʿāt, des manṣūbāt, des maǧrūrāt et des maǧzūmāt, c’est-à-dire des constituants régis au nominatif ou à l’indicatif (cas nominatif et mode indicatif sont homonymes, rafʿ, partageant comme marque principale la voyelle –u), à l’accusatif ou au subjonctif (cas accusatif et mode subjonctif sont homonymes, naṣb, partageant comme marque principale la voyelle –a), au génitif, à l’apocopé. Dans le cas d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn, les choses sont juste un peu plus compliquées.

La section 1 du chapitre 2 consacré au verbe propose une double classification logique (ʿaqlan, litt. « rationnellement ») et sémantique (waḍʿan, litt. « institutionnellement ») : waḍʿ est un terme « philosophique » (grec thésis, latin impositio) qui règle la relation de signification entre une expression (lafẓ), dite al-mawḍūʿ (« ce qui est institué ») et son sens (maʿnā) dit al-mawḍūʿ la-hu (« ce pour quoi elle est instituée »). Logiquement, le verbe se divise en trois temps selon que l’assertion (ʾiḫbār) d’un verbe par le sujet assertant (muḫbir) coïncide avec l’existence (wuǧūd) de la chose assertée (présent) ou que celle-ci est antérieure à celle-là (passé) ou postérieure (futur). Sémantiquement, les formes personnelles du verbe se distribuent ainsi : l’accompli faʿala pour le passé, qui fait son nom grammatical (māḍī), l’impératif ifʿal pour le futur, l’inaccompli yafʿal étant « indéterminé » (mubham)5 entre présent et futur 6. Toutes les autres sections relèvent de la syntaxe. Le verbe (section 2) est divisé en intransitif (lāzim) et transitif (mutaʿaddī). Le verbe transitif est divisé en simplement (section 3), doublement (section 4) et triplement transitif (section 5). Le verbe doublement transitif est de deux types (ḍarb) : l’un résultant de la suppression d’une préposition devant l’un des deux compléments et l’autre non ; le deuxième type est à son tour subdivisé en deux classes : verbes qui sont réellement transitifs deux fois comme ʾaʿṭā (« donner ») et verbes opérateurs (type ẓanna « supposer »), ailleurs appelés ʾafʿāl al-qulūb (« verbes d’opinion »), s’appliquant à une phrase nominale, thème et propos devenant respectivement premier et second objets de ces verbes (complément d’objet et attribut du complément d’objet dans notre terminologie). Le verbe triplement transitif est conçu comme un dérivé de forme II faʿʿala ou forme IV ʾafʿala du verbe doublement transitif de le seconde classe, par exemple ʾaʿlama Allāhu Zaydan ʿAmran fāḍilan (« Allah a fait savoir à Zayd [que] ʿAmr [est] homme de bien ») : dans son emploi comme « verbe d’opinion », le verbe de base ʿalima est doublement transitif, par exemple ʿalimtu ʿAmran fāḍilan (« Je sais [que] ʿAmr [est] homme de bien »). Suivent : le « verbe dont le sujet n’est pas nommé » (fī al-fiʿl al-laḏī lam yusamma fāʿilu-hu), c’est-à-dire le passif (section 6) ; les verbes « non conjugables » (ġayr al-mutaṣarrifa) (section 7), c’est-à-dire les « verbes d’éloge et de blâme » (ʾafʿāl al-madḥ wa-l-ḏamm), ainsi que le « verbe d’admiration » (fiʿl al-taʿaǧǧub) ; les verbes « imparfaits » (nāqiṣa) (section 8), « s’introduisant devant le thème et le propos » (al-dāḫila ʿalā al-mubtadaʾ wa-l-ḫabar)7 : il s’agit des deux séries de verbes opérateurs s’appliquant à une phrase nominale, souvent appelés « kāna et ses sœurs » et « kāda et ses sœurs ». C’est la section 9 qui est la plus intéressante, sans pour autant être originale : elle est intitulée fī-mā yataʿaddā ǧamīʿ al-ʾafʿāl al-mutaʿaddī wa-ġayr al-mutaʿaddī8 (« ce vers quoi transitent tous les verbes, transitifs et intransitifs »), qui élargit la notion de taʿaddī en direction des autres compléments du verbe, rendant impossible de traduire le terme, du moins dans la première occurrence, par transitivité (réservée en nos langues à la relation verbe-complément d’objet)9. C’est un écho direct du chapitre du Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī (p. 44) intitulé bāb mā tataʿaddā ʾilay-hi al-ʾafʿāl al-mutaʿaddiyya wa-ġayr al-mutaʿaddiyya et une signature de la grammaire arabe de l’Occident musulman. Bien que lui-même originaire d’Orient, le Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī est avec le Kitāb de Sībawayhi (m. 180/796 ?) et le ʾĪḍāḥ d’al-Fārisī (m. 377/987) une des trois références majeures de la grammaire arabe à l’ouest du monde musulman, trois quarts des commentaires du Ǧumal étant par ailleurs « occidentaux » (Binaghi 2015). Mais Ibn Muʿṭī élargit le taʿaddī au delà de ce que fait al-Zaǧǧāǧī. Aux quatre compléments cités par al-Zaǧǧāǧī, le maṣdar (nom verbal), ailleurs appelé mafʿūl muṭlaq (complément d’objet interne ou, mieux, résultatif)10, la « circonstance de temps » (al-ẓarf min al-zamān) et la « circonstance de lieu » (al-ẓarf min al-makān), ailleurs réunies sous l’appellation de mafʿūl fī-hi (« complément circonstanciatif »), et le « complément d’état » (ḥāl), il en ajoute cinq : le « spécificatif » (tamyīz), l’« élément excepté » (mustaṯnā), « ce qui est assimilé au mafʿūl » (al-mušabbah bi-l-mafʿūl), le mafʿūl la-hu (complément de cause/but), le mafʿūl maʿa-hu (complément concomitatif). Là encore, cette extension n’est pas une innovation d’Ibn Muʿṭī. Dans la longue théorie des commentaires du Ǧumal, on relève par exemple celui du Sévillan Ibn Ḫarūf (m. 609/1212) qui aux quatre d’al-Zaǧǧāǧī ajoute tamyīz, istiṯnāʾ (« exception »), mafʿūl la-hu et mafʿūl maʿa-hu (Binaghi 2016b). En somme, chez al-Zaǧǧāǧī et ses successeurs, on distingue, parmi les compléments du verbe à l’accusatif, entre complément d’objet 11, propre au verbe transitif, et autres compléments, communs au verbe transitif et intransitif, ses successeurs se différenciant éventuellement par la plus ou moins grande extension qu’ils donnent à la catégorie de taʿaddī. À l’inverse, dans la tradition « orientale », on regroupe sous l’appellation de al-mafʿūlāt (ou al-mafāʿīl) al-ḫamsa le complément d’objet direct (al-mafʿūl bi-hi) et quatre autres compléments, le mafʿūl muṭlaq, le mafʿūl fī-hi, le mafʿūl la-hu et le mafʿūl maʿa-hu : c’est dans ce regroupement que le terme de mafʿūl gagne le sens de complément du verbe12. Et c’est par le biais du concept de « ressemblance » (šabah) ou « assimilation » (tašbīh) avec le mafʿūl que se trouvent rattachés au verbe d’autres compléments. On trouve ainsi dans le ʾĪḍāḥ (p. 199) d’al-Fārisī un chapitre intitulé bāb mā yantaṣib ʿalā al-tašbīh bi-l-mafʿūl (« de ce qui est fléchi à l’accusatif, du fait de l’assimilation au complément du verbe ») subdivisé en deux types, dont le deuxième comprend le ḥāl et le tamyīz13. Ibn Muʿṭī, qui opère avec le concept « zaǧǧāǧien », devenu « occidental », de taʿaddī élargi, emprunte le concept « oriental » de tašbīh bi-l-mafʿūl, mais en le restreignant, en extension, au seul tamyīz « défini » (maʿrifa), celui qu’on trouve dans la structure al-ḥasanu al-waǧha (« le beau, quant au visage ») ou al-karīmu al-ʾaba (« le généreux, quant au père »)14. Notons, sans pouvoir entrer ici dans les détails, que l’extension du taʿaddī au delà de ce que fait al-Zaǧǧāǧī, tout comme l’« assimilation au complément du verbe » sont problématiques pour les grammairiens eux-mêmes, sinon pour le ḥāl, du moins pour le tamyīz et plus encore l’istiṯnāʾ. En déclarant que le tamyīz « est fléchi à l’accusatif, de par l’entièreté de l’énoncé et de par l’entièreté du nom » (wa-yantaṣib ʿan tamām al-kalām wa-ʿan tamām al-ism), Ibn Muʿṭī rappelle ainsi qu’il y a en fait deux tamyīz : l’un est un déterminant du nom (ce qui ne l’empêche pas d’en traiter dans cette section !) et il fait de l’autre, moins un complément du verbe que de phrase ; dans la tradition « orientale » (par exemple, al-Zamaḫšarī, Mufaṣṣal, p. 65) on parle d’ailleurs de tamyīz mufrad et de tamyīz ǧumla, c’est-à-dire de « spécificatif de simple constituant » et de « spécificatif de phrase ». En revanche, al-Fārisī (ʾĪḍāḥ, p. 203) fait clairement du second un complément du verbe, déclarant que « le régissant, en matière de spécificatif, se trouve être de deux types : verbe et autre que verbe » (wa-l-ʿāmil fī al-tamyīz yakūn ʿalā ḍarbayn fiʿl wa-ġayr fiʿl) 15. Quant à l’« élément excepté », il n’est à l’accusatif que dans les énoncés véritablement exceptifs (étant à un cas variable dans les énoncés de type restrictif ou exclusif). Or, qu’est-ce qui est responsable de l’accusatif ? Dans la tradition qui l’a emporté, c’est l’opérateur lui-même, qui a la force du verbe ʾastaṯnī (« j’excepte »), ce qui, dans les termes de la philosophie analytique du langage, revient à faire de l’exception un acte de langage et, dans ceux de Charles Bally (1865-1947), de l’énoncé exceptif une phrase segmentée (Bally 1965 [1944]). Mais il existe une autre tradition, exprimée par exemple par al-Fārisī (ʾĪḍāḥ, p. 205) : « si le nom [excepté] est fléchi à l’accusatif, c’est seulement du fait du verbe (ou d’un élément ayant le sens d’un verbe) se trouvant avant dans la phrase, par l’intermédiaire de ʾillā, tout comme le nom après le wāw, au chapitre du complément concomitatif, est fléchi à l’accusatif par l’intermédiaire du wāw » (fa-ntiṣāb al-ism ʾinna-mā huwa bi-mā taqaddama fī al-ǧumla min al-fiʿl ʾaw maʿnā al-fiʿl ka-mā ʾanna al-ism al-laḏī baʿda al-wāw fī bāb al-mafʿūl maʿa-hu muntaṣib bi-tawassuṭ al-wāw). En somme, al-Fārisī fait de l’« élément excepté » un complément du verbe, mais indirect, comparable au mafʿūl maʿa-hu, complément du verbe, mais dans le champ du wāw al-maʿiyya (« wāw de concomitance »). Enfin la section 10 traite de ce qui est fléchi au nominatif ou à l’accusatif par un verbe implicite.

Si l’on compare avec la seconde partie du Mufaṣṣal, la différence saute aux yeux. Celle-ci s’ouvre et se clôt de manière très différente. Elle commence par les trois formes verbales, māḍī, muḍāriʿ et impératif et, pour la seconde des deux, par ses trois flexions, indicatif, subjonctif et apocopé. Et elle se termine par ce que l’on trouve dans les traités de ṣarf, c’est-à-dire le verbe trilitère et quadrilitère et leurs différentes formes, considérées non seulement d’un point de vue morphologique, mais aussi sémantique et syntaxique. Entre les deux, on trouve ce qui relève dans al-Fuṣūl al-ḫamsūn des sections 2 à 8. En revanche ce qui relève des sections 9 et 10 se trouve traité dans le Mufaṣṣal dans la première partie, dévolue aux noms. En somme, Ibn Muʿṭī traite des verbes, quels qu’ils soient, comme des éléments ayant une « action » (ʿamal : on traduit souvent par rection) sur d’autres, qu’on peut appeler, génériquement, leurs arguments. À l’inverse al-Zamaḫšarī traite des arguments en tant que recevant l’« action » des verbes. ʿAmal et ʾiʿrāb étant dans la relation de cause à effet, la différence entre les deux grammairiens est de point de vue : al-Zamaḫšarī traite des choses du point de vue de l’effet, Ibn Muʿṭī du point de vue de la cause. Ce qui a un effet structurant : alors que, comme parties du discours, on a une hiérarchie nom > verbe > particule16, en tant que les parties du discours ont une « action », c’est le verbe qui occupe la première place, suivi par la particule, et, très loin derrière, par le nom.

Cela est confirmé par le chapitre suivant intitulé « Des éléments, autres que les verbes, ayant une action sur les noms et les verbes » (fī-mā yaʿmal min ġayr al-ʾafʿāl fī al-ʾasmāʾ wa-l-ʾafʿāl). La section 1 est consacrée au « régissant du thème et du propos » (al-ʿāmil fī al-mubtadaʾ wa-l-ḫabar) : pour Ibn Muʿṭī, c’est « le fait que le nom soit dénué du régissant formel et qu’on appuie sur lui le propos » (taǧarrud al-ism min al-ʿāmil al-lafẓī wa-ʾisnād al-ḫabar ʾilay-hi), ce qui revient au traditionnel ibtidāʾ (« thématisation ») comme régissant sémantique ou abstrait (maʿnawī). La section 2 est consacrée aux « particules s’introduisant devant le thème et le propos » (al-ḥurūf al-dāḫila ʿalā al-mubtadaʾ wa-l-ḫabar), ailleurs appelées « ʾinna et ses sœurs » ; la section 3 aux « particules régissant l’inaccompli au subjonctif » (al-ḥurūf al-nāṣiba li-l-ʾafʿāl al-muḍāriʿa), divisées en deux classes : cas de base (ʾaṣl : ʾan, lan, kay et ʾiḏan) et cas dérivé (farʿ : sous-entente de ʾan, nécessaire ou possible) ; la section 4 aux « régissants de l’apocopé » (ǧawāzim), divisés en deux classes, selon qu’ils apocopent un verbe (lam, lammā, lām d’ordre et de défense) ou deux (ʾin et noms de condition) ; la section 5 à « deux particules hésitant entre les noms et les verbes » (fī ḥarfayn mutaraddidayn bayna al-ʾasmāʾ wa-l-ʾafʿāl), c’est-à-dire et , ailleurs appelés « assimilés à laysa », pseudo-verbe de la classe des « verbes imparfaits » (cf. supra) d’une part, de négation générique (lā al-nāfiya li-l-ǧins) d’autre part ; la section 6 aux particules du vocatif (ḥurūf al-nidāʾ) ; la section 7 aux particules du génitif (ḥurūf al-ǧarr), c’est-à-dire les prépositions ; la section 8 aux « noms ayant la même rection que les verbes » (fī al-ʾasmāʾ al-ʿāmila ʿamal al-fiʿl : participe actif, adjectif assimilé [au participe actif], maṣdar et ʾafʿal élatif) ; la section 9 aux « noms par quoi sont dénommés les verbes » (fī al-ʾasmāʾ al-latī summiyat al-ʾafʿāl), c’est-à-dire les ʾasmāʾ al-ʾafʿāl ou interjections ; la section 10 à l’« annexion nominale » (al-ʾiḍāfa al-ismiyya), « pure » (maḥḍa) et « non pure » (ġayr maḥḍa), ailleurs appelées sémantique et formelle. Toutes ces sections se retrouvent dans le Mufaṣṣal d’al-Zamaḫšarī, soit dans la partie consacrée aux noms (sections 1 et 2, puis 5 et enfin 8, 9 et 10), soit dans celle consacrée aux verbes (sections 3 et 4), soit dans celle consacrée aux particules (section 7, mais sous l’appellation plus large de ḥurūf al-ʾiḍāfa « particules de relation »), soit dans deux de ces trois parties (section 6 à la fois dans les noms et les particules).

Le chapitre 4 regroupe l’« expression définie » (maʿrifa) et l’« expression indéfinie » (nakira), ainsi que les « appositifs » (tawābiʿ). La comparaison avec le Mufaṣṣal peut éclairer ce regroupement. Dans le Mufaṣṣal, il est traité des premières comme des seconds dans les noms, mais dans l’ordre inverse. Les appositifs prennent place à la fin de la sous-partie consacrée aux noms flexibles, après ceux fléchis au nominatif, à l’accusatif et au génitif. Il n’y a là rien que de logique : le cas des appositifs n’est pas fixe, mais variable, fonction de celui du nom auquel ils sont en apposition. Il est traité de l’expression définie et de l’expression indéfinie, après la sous-partie consacrée aux noms inflexibles. Ceux-ci comprennent sept catégories (ṣanf) : pronom, démonstratif, relatifs, interjections et onomatopées, circonstances, composés, substituts. Et, bien que la section consacrée à l’expression définie et indéfinie soit intercalée entre celles consacrées au duel et au pluriel d’une part, au masculin et au féminin d’autre part, on constate que l’expression définie est en relation d’intersection avec les noms inflexibles : deux des cinq types qu’en dénombre al-Zamaḫšarī sont en même temps trois des sept catégories de noms inflexibles : le pronom et l’« expression indéterminée » (al-mubham), regroupant démonstratifs et relatifs (cf. infra), les trois autres types étant le nom propre, le nom précédé de l’article défini et le nom premier terme d’une annexion « réelle » (ḥaqīqiyya = pure ou sémantique) dont le second est l’un quelconque de ces cinq types. On peut donc dire que ce chapitre est relativement homogène, par rapport au principe privilégié par Ibn Muʿtī, celui de l’action. Tous les éléments en sont des noms, subissant l’action d’un autre élément, un seul (le premier terme d’une annexion) en exerçant par ailleurs une : le premier terme d’une annexion est ainsi dans la même situation que le matbūʿ (litt. « suivi », c’est-à-dire terme dont dépend un appositif) subissant l’action d’un autre élément et en exerçant une sur le tābiʿ (litt. « suivant », c’est-à-dire l’appositif). Entrons maintenant dans le détail de ce chapitre. La section 1 traite de la différence entre expression définie et expression indéfinie ; la section 2 du nom propre ; la section 3 du pronom ; la section 4 des « expressions indéterminées » (mubhamāt), regroupant démonstratifs et relatifs, Ibn Muʿṭī, pas plus qu’al-Zamaḫšarī, ne donnant d’explication de mubham, explication qu’on peut aller chercher chez Ibn Yaʿīš (m. 643/1245), Šarḥ al-Mufaṣṣal (V, p. 86) : l’indétermination (ʾibhām) ne doit pas être confondue avec l’indéfinition (tankīr)17 ; démonstratifs et relatifs sont ainsi appelés parce qu’ils ne deviennent des expressions définies qu’avec le nom commun suivant les premiers (hāḏā « ceci » vs hāḏā al-ṯawb « ceci, le vêtement » = « ce vêtement-ci »), la relative suivant les seconds (al-laḏī « lequel » vs al-laḏī ʿinda-ka « celui qui est chez toi ») ; la section 5 traite de « ce qui est défini par l’article » ; la section 6 de l’annexion ; les sections 7 à 10 traitent des appositifs : la 7 du qualificatif (naʿt, ailleurs appelé ṣifa), considéré comme l’appositif « prioritaire » (ʾasbaq), la 8 du corroboratif (tawkīd), la 9 du ʿaṭf, subdivisé en bayān (on ne risquera pas une traduction de ʿaṭf bayān !) et nasaq (coordination), et la 10 du permutatif (badal).

Enfin, le cinquième et dernier chapitre est à la fois le plus hétérogène, comme son titre l’indique (fī fuṣūl mutafarriqa « sections diverses »), et celui qui se rapproche le plus de la quatrième partie du Mufaṣṣal. Il conjoint en effet la matière de celle-ci (sections 6 et 8-10) et le reliquat de la partie consacrée aux noms (sections 1-5), la section 7 traitant des formes (ʾabniya) des noms, verbes et maṣdar-s, d’un point de vue strictement morphologique : dans le Mufaṣṣal elles sont réparties entre les première (noms) et deuxième (verbes) parties. Entrons dans le détail de ce dernier chapitre d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn. La section 1 traite du nombre et de « ce qui s’y rattache » (mā yaltaḥiq bi-hi), c’est-à-dire du « substitut » (kināya) du nombre qu’est kam, interrogatif (« Combien ? ») ou affirmatif (en fait exclamatif : « combien ! ») : dans le Mufaṣṣal, on a une section kināyāt, au pluriel, et qui précède celle du nombre parce qu’al-Zamaḫšarī y traite non seulement de deux substituts du nombre (kam et kaḏā « tant »), mais encore de deux substituts du propos (al-ḥadīṯ wa-l-ḫabar : kayta et ḏayta « de telle et telle manière ») et de deux substituts respectivement des noms propres (fulān « Untel ») et communs (han « chose »). La section 2 traite du masculin et du féminin, la section 3 du diminutif, la section 4 de la formation de la nisba (nasab) et la section 5 du maqṣūr (litt. « écourté », c’est-à-dire noms se terminant par –ā, écrit avec un yāʾ sans points) et du mamdūd (litt. « allongé », c’est-à-dire noms se terminant par -āʾ, écrit avec un ʾalif et une hamza) ; la section 6 traite de la ʾimāla (litt. « faire pencher [le ʾalif vers le yāʾ] » et du hiǧāʾ (litt. « épellation »), c’est-à-dire de certaines règles d’orthographe18 ; la section 8 du taṣrīf, catégorie regroupant un certain nombre de phénomènes morpho-phonologiques ; la section 9 de la pause (waqf) et de la citation (ḥikāya : très exactement du deuxième des trois types distingués par al-Zaǧǧāǧī dans le Ǧumal)19 ; la section 10 de l’assimilation (ʾidġām) et des licences poétiques.

Au total, al-Fuṣūl al-ḫamsūn apparaît comme un autre arrangement, voire un réarrangement, de la matière du Mufaṣṣal. Ni les parties du discours, ni la flexibilité/inflexibilité du nom et du verbe ne structurent ici l’exposé grammatical. C’est en fait le concept corrélatif de ʿamal qui le structure. C’est lui qui explique qu’après le premier chapitre « introductif » le second soit dédié au verbe, régissant principal, le troisième étant dédié aux régissants autres que le verbe : ces deux chapitres constituent le cœur de l’ouvrage, les quatrième et cinquième traitant de ce qui ne peut trouver place dans ce cadre. C’est là un exposé original, mais par rapport à la matière d’Orient, non d’Occident, s’inscrivant en fait parfaitement dans la postérité du Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī 20. Si l’on ajoute que l’ouvrage est d’une lecture aisée, on conclura que son auteur mérite mieux que le relatif oubli où il est tombé.

Sources primaires

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Sources secondaires

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1

L’article al-DJAZŪLĪ de EI2, dû à Mohammed Ben Cheneb (1869-1929), donne les dates de 606 ou 607 ou 610 ou 616 (dates hégiriennes).

2

On a publié récemment son Naẓm Kifāyat al-mutaḥaffiẓ wa-nihāyat al-mutalaffiẓ li-Ibn al-ʾAǧdābī (éd. ʿAbd al-Ḥamīd Muḥammad Darwīš, Beyrouth, Dār al-nawādir al-lubnāniyya, 2014), c’est-à-dire la versification qu’il a faite de ce petit traité de lexicographie d’Ibn al-ʾAǧdābī (m. vers 650/1251). Sur ce dernier, cf. EI2, art. IBN al-ADJDĀBĪ, dû à Charles Pellat (1914-1992).

3

Plutôt que « mot », par quoi on traduit souvent kalima. Même si la kalima coïncide souvent avec un mot, il suffit de se souvenir que katabtu (« j’ai écrit ») fait une lafẓa (litt. unité d’expression), mais deux kalima, un verbe (katab-) et son sujet, le pronom −tu.

4

Sur l’organisation des traités grammaticaux médiévaux, on peut lire maintenant l’utile synthèse de Viain (2014).

5

Souvent traduit par « vague », ce participe passif du verbe ʾabhama nous a toujours semblé être en arabe le terme technique pour « indéterminé » et, par suite, ʾibhām, maṣdar du même verbe, celui pour « indétermination ». Pour des arguments en faveur de notre interprétation, cf. infra.

6

La classification « institutionnelle » (mais non « rationnelle ») est reprise de la Muqaddima (p. 33) d’al- Ǧazūlī.

7

Carter (2011, p. 40) a relevé qu’Ibn Muʿṭī donnait (Fuṣūl, p. 183) une tout autre explication de la dénomination de ces verbes : alors qu’ils sont ainsi appelés parce qu’au contraire des verbes « parfaits » (tāmma) qui le sont avec leur seul SN sujet ils ont besoin de deux SN, ils le seraient parce que « privés de la signification du maṣdar » (sulibat al-dalāla ʿalā al-maṣdar). Le maṣdar véhiculant la signification lexicale du verbe, ce peut être une autre manière, sémantique et non syntaxique, de pointer leur statut grammatical de verbe opérateur. 

8

(ġayr) al-mutaʿaddī est accordé avec ǧamīʿ.

9

On parlera de taʿaddī stricto et lato sensu. Binaghi (2016b) parle de taʿaddī1 ou « semantic transitivity » et taʿaddī2 ou « syntactic transitivity », mais Binaghi (2016a) qualifiait le taʿaddī1 de « valence ». Ce dernier terme est emprunté au linguiste français Lucien Tesnière (1893-1954), mais, chez Tesnière (1982 [1959]), il inclut la relation verbe-sujet. Dans le chapitre précédent, il est vrai, intitulé bāb ʾaqsām al-ʾafʿāl fī al-taʿaddī (« des classes de verbes en matière de transitivité »), al-Zaǧǧāǧī en dénombre sept, dont la première est le verbe intransitif, c’est-à-dire le verbe monovalent de Tesnière. En fait, al-Zaǧǧāǧī emploie taʿaddī à la fois pour la catégorie et le pôle positif de la catégorie. On trouve ponctuellement chez les grammairiens arabes des extensions du taʿaddī au delà de la transitivité, mais aucune n’a le caractère ordonné de celle d’al-Zaǧǧāǧī. Sur ces extensions, cf. Kasher (2013).

10

Dans mafʿūl muṭlaq, mafʿūl a le double sens de « ce qui est fait » (c’est-à-dire effet ou résultat) et, comme dans les autres mafʿūlāt, de « complément du verbe », soit, par contraction, « complément résultatif du verbe ». Sur le double sens de mafʿūl dans les mafʿūlāt, cf. Larcher (1991).

11

Chez al-Zaǧǧāǧī lui-même, direct et indirect, sa sixième classe de verbes transitifs étant ceux qui le sont avec préposition, par exemple marartu bi-Zaydin « je suis passé par Zayd », et sa septième classe ceux qui le sont avec ou sans préposition, par exemple naṣaḥtu Zaydan ou li-Zaydin « j’ai conseillé Zayd/donné un conseil à Zayd ».

12

Binaghi (2016b) fait cependant observer que le Ǧumal (p. 305-310) d’al-Zaǧǧāǧī comporte lui-même un chapitre intitulé bāb ʾaqsām al-mafʿūlīn (et non mafʿūlāt ou mafāʿīl), comprenant « mafʿūl muṭlaq, mafʿūl bi-hi, mafʿūl fī-hi, mafʿūl maʿa-hu et mafʿūl min ʾaǧli-hi » (autre nom du mafʿūl la-hu), le mafʿūl fī-hi comprenant lui-même ẓarf et ḥāl. La position en fin d’ouvrage de ce chapitre et l’apparition d’une terminologie partiellement différente suggèrent un ajout, qui mérite qu’on s’y intéresse de plus près…

13

Le premier type étant un constituant au nominatif, passant à l’accusatif, de par l’action d’un opérateur, verbe ou particule.

14

L’éditeur, renvoyant au Maḥṣūl d’Ibn ʾIyyāz, indique que c’est pour les grammairiens de Kūfa que le tamyīz peut être défini, étant toujours indéfini pour ceux de Baṣra.

15

Ce qui semble valider la formulation dissymétrique d’al-Fārisī (ʾĪḍāḥ, p. 167), qui divise les noms fléchis à l’accusatif en deux types : « ce qui vient après l’entièreté de l’énoncé » (mā ǧāʾa baʿda tamām al-kalām) et « ce qui vient [fléchi à l’accusatif] du fait de l’entièreté du nom » (mā ǧāʾa [muntaṣiban] ʿan tamām al-ism), divisant le premier type à son tour en deux types : mafʿūl et mušabbah bi-l-mafʿūl, le mafʿūl comprenant le mafʿūl muṭlaq, le mafʿūl bi-hi, le mafʿūl fī-hi et le mafʿūl la-hu. On verra plus loin la raison de l’absence du mafʿūl maʿa-hu.

16

Fondée sur le rôle que peuvent jouer les parties du discours dans la phrase simple minimale : le nom peut être sujet et prédicat, le verbe prédicat, mais non sujet, la particule ni sujet ni prédicat. Notons qu’Ibn Muʿṭī (p. 150) n’emploie pas ici le terme traditionnel de ʾisnād, mais celui de ʾiḫbār, qui inclut avec la prédication un mode d’énonciation, parlant de al-ʾiḫbār ʿan-hu et bi-hi, c’est-à-dire d’assertion de quelque chose (bi-hi) sur quelque chose (‘an-hu).

17

Outre que ʾibhām est ici distingué de tankīr, un autre argument peut être donné en faveur de notre interprétation : ʾibhām forme souvent couple avec taḫṣīṣ/iḫtiṣāṣ (« particularisation »), qui est bien une forme de détermination (sur ce concept, cf. Sartori 2018), comme on peut le vérifier à travers la terminologie, relevée par Carter (2011, p. 43), qu’emploie Ibn Muʿṭī pour le maṣdar/mafʿūl muṭlaq : mubham pour ḍarabtu ḍarban (litt. « j’ai frappé frappe », ailleurs appelé li-l-taʾkīd, c’est-à-dire « pour renforcer » et traduit par « j’ai bel et bien frappé »), maʿdūd « dénombré » pour ḍarabtu ḍarbatan ou ḍarbatayn (litt. « j’ai frappé une frappe ou deux frappes », ailleurs appelé li-bayān al-ʿadad et traduit par « j’ai frappé une fois ou deux ») et muḫtaṣṣ pour ḍarabtu-hu ḍarban šadīdan (litt. « je l’ai frappé frappe violente », ailleurs appelé li-bayān al-nawʿ et traduit par « je l’ai frappé violemment »). Le maṣdar est partout indéfini, mais dans les deuxième et troisième cas déterminé, par une quantification dans le deuxième, une qualification dans le troisième.

18

La catégorie est cependant de bien moindre ampleur que dans le Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī.

19

Il s’agit, dans le dialogue, de la reprise par le locuteur B d’un élément de l’énoncé du locuteur A, soit tel quel, c’est-à-dire avec la flexion qui y était la sienne (par exemple raʾaytu Zaydanman Zaydan ? (« J’ai vu Zayd −Qui [est ce] Zayd ? », soit par un pronom (par exemple ǧāʾa raǧulunmanū (« Un homme est venu chez-moi −Qui ? »), où manū (< manun) est la forme fléchie au nominatif, comme raǧulun, et pausale de man (d’où le couplage de cette ḥikāya avec la pause). Cf. Larcher (2005) et, dernièrement, Guillaume (2016).

20

La priorité donnée au verbe sur le nom est peut-être « le » trait « occidental » : on le trouve dans la Muqaddima d’al-Ǧazūlī et on le retrouve dans la Risāla d’Ibn ʾĀǧurrum (m. 723/1323) (dans Carter 1981, p. 98-148), même si en ce cas, le chapitre est très bref, comparé à celui sur les noms, organisé, à la manière « orientale », selon leur flexion désinentielle. Néanmoins, un autre Ǧumal, celui du grammairien et rhétoricien « oriental » ʿAbd al-Qāhir al-Ǧurǧānī (m. 471/1078), a un plan assez semblable à celui d’al-Fuṣūl al-ḫamsūn ; il est divisé en cinq sections : 1) introduction ; 2) verbes régissants ; 3) particules régissantes ; 4) noms régissants ; 5) sections « isolées » (munfarida). Par ailleurs, un autre grammairien andalou, al-Suhaylī (m. 581/1185), dans ses Natāʾiǧ al-fikr fī al-naḥw, notules sur le Ǧumal d’al-Zaǧǧāǧī, publiées sous le titre de ʾAmālī, se concentre sur le ʿamal, mais en innovant : il « sémantise » en effet la catégorie (cf. Baalbaki 2008, p. 290-297).

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